Conquête du BaïkalLe Baïkal est un lac aux caractéristiques uniques. Il n'existe pas de lac qui lui soit équivalent en termes d'âge, de profondeur, de propriètés de l'eau, de diversité de faune et de flore (qui sont spécifiques à la région du lac seulement). Le Baïkal et ses territoires ont longtemps été à l'origine de discordes entre les pays qui l'entourent. C'est en effet dans cette région que se rencontraient toutes les routes stratégiques de l’Est et les intérêts de deux grandes puissances : la Russie et l’empire de Chine, mais ce qui attache les provinces sibériennes à la Russie sont les pionniers qui partirent à la conquête du Baïkal. Le lac a toujours aussi présenté un grand intéret pour les chercheurs.
De l'histoire et de la conquête du Baïkal se dégagent quelques grandes périodes : La première est liée aux expéditions des pionniers et des détachements de cosaques dans la région. Cette période s'étale du milieu du 17ème siècle jusqu’au début du 18ème. La deuxième période est celle des expéditions de l’Académie Impériale des sciences, du début du 18ème siècle jusqu'au milieu du 19ème. La troisième est, quant à elle caractérisée par les études scientifiques menées dans la région entre le milieu du 19ème siècle et l’année 1917, année de la révolution bolchévique. Des études et applications industrielles dans la région du lac ont toujours cours à l'heure actuelle...
La dénomination du lac Baïkal, sous le nom de « Beïkhaï » (la mer du nord) est apparu dans des écrits chinois datant de l’an 110 avant notre ère. L’origine même du nom du lac soulève beaucoup de questions. Autrefois, les peuples habitant les territoires près du lac – les Bouriates, les Mongoles et les Toungouzes avaient chacun leur propore nom pour nom pour désigner le lac. Certains chercheurs expliquent l’origine du mot « Baïkal » par le mot mongol « baïgal » (un feu riche), par le mot chinois « pekhaï » (la mer du nord), par le mot « lamou » appartenant au vocabulaire des Toungouzes (la mer) ou encore par le mot bouriate-mongol « dalaï-nor » (le lac sacré). Cependant, la version le plus répandue lie le mot «Baïkal» au mot turc « Baï-Koul » signifiant « lac riche ». Les vastes étendues de la Sibérie attiraient les Russes depuis des siècles. Des légendes et rumeurs à propos des richesses de la région, en pelleterie (zibeline, castor, hermine, loutre, renard), en or, en argent ainsi qu’en pierres précieuses étaient les motivations principales de la conquête de l’Est par le peuple russe. Au 17ème siècle, les fourrures sibériennes étaient en effet très appréciées et représentaient des objets de valeurs dont la vente était très lucrative pour le marché intérieur russe aussi bien qu’ extérieur. Les premiers Russes qui atteignirent le lac Baïkal étaient des détachements de cosaques avec à leur tête Kourbat Ivanov. Cependant, tous les savants et ethnographes régionaux ne sont pas d’accord sur ce point. Certains pensent que c’est l’ataman (chef cosaque) Ivan Galkine qui a traversé le lac Baïkal le premier. C'est en 1631 qu'Ivan Galkine, à la tête d’un détachement de 30 personnes, aurait remonté l’Angara et l’Ilim en y fondant un lieu d'hivernage près de la haute Iguirma. C’est aussi lui qui aurait fondé l’ostrog Bargouzinski 17 ans plus tard. Cependant, Kourbat Ivanov reste le plus souvent mentionné : en 1643 il a traversé la chaîne de montagne Primorski et a atteind le lac Baïkal en face de l’île d’Olkhone en suivant le cours de la Sarma. Les cosaques se sont ensuite mis à appeler le lac par son nom bouriate «Baïgaal» en remplaçant le son très caractéristique de la langue bouriate [g] par un son propre à la langue russe [k] «Baïkal». Kourbat Ivanov appréciant le potentiel économique et le positionnement stratégique du lac, a été le premier à dresser une carte approximative du lac dont le titre était « Le plan du Baïkal et des rivières qui s’y jettent ». Outre le plan il a également recueilli un grand nombre d’informations sur les poissons du lac et les bêtes à fourrure de la taïga. En 1644, un détachement de cosaques, avec à sa tête Vassili Kolesnikov, est arrivé aux bords du lac Baïkal pour y mener des recherches plus approfondies. Le détachement a commencé ses recherches à Iénisseïsk dans le but de trouver des gisements de Proustite. Les données recueillies par Vassili Kolesnikov et les renseignements de Kourbat Ivanov, (cartes et dessins techniques) ont enrichi la connaissance géographique de la région du lac par de nouvelles informations pertinentes. En 1647 le détachement d’Ivan Pokhabov traverse le Baïkal gelé, par le sud et atteind la Mongolie où les ostrogs Oust-Bargouzinski et Bargouzinski formeront leurs "peuples". Au milieu du 17ème siècle, selon les mémoires de l’impératrice Catherine II, des familles de "vieux croyants" auraient été déplacées de la partie européenne de la Russie juqu'en Transbaïkalie. Elles auraient été emmenées en Sibérie de force sous l’escorte de soldats et de cosaques. D’autres y seraient allées de leur propre volonté. Ces dernières auraient été attirées par la multitude de terrains libres, l’absence de tout contrôle foncier, l'allègements d'împots ainsi que par une aide gouvernementale attribuée aux "volontaires". Les "vieux croyants" se seraient établis par familles, c’est pourquoi les autochtones les auraient nommés les « familiaux ». En 1665, Avvakoum (1), le chef de tous les "vieux croyants" éxilés en transbaïkalie, aurait traversé le lac Baïkal pour arriver sur lieu de sa dernière demeure. Son livre « La Vie de Avvakoum » raconte en détail son voyage sur le lac à bord de son bateau et livre les premières descriptions de la faune et de la flore du lac. De la fin du 17ème siècle jusqu’au début du 18ème, beaucoup d’autres plans du Baïkal ont été dressés. Le plus exacte et le plus juste d’entre eux est le « Livre à dessin de la Sibérie » fait par l'un des cosaques de Tobolsk : S.Y. Rémésov. Les ambassadeurs russes qui passaient par la Sibérie, pour se rendre en Chine, ont aussi décrit la géographie du lac Baïkal de façon particulièrement soignée et détaillée. Ainsi, en 1675 le lac fut visité par l’ambassadeur russe Spafari. Il fut surpris par le fait qu’un lac si grand ne soit pas plus connu. Il fut alors l'un des premiers à décrire le lac d’un point de vue scientifique. Spafari appela d'ailleurs le lac Baïkal «mer» aux vues de ses dimensions. Dans son livre, intitulé « Le voyage d'un envoyé russe en 1675, Nicolaï Spafari en Sibérie de Tobolsk à Nertchinsk jusqu'aux frontières de la Chine », il décrit en détail la faune et la flore du lac, ses peuples et beaucoup d’autres faits intéressants. Les informations accumulées par les pionniers, les ambassadeurs et les autres voyageurs deviennent alors la base des informations référencées sur la Sibérie. L’exploration scientifique du lac commence après la création de l'Académie des sciences de Russie. Elle organise quelques expéditions en Sibérie pour recueillir des informations concernant l'écosystème et les peuples habitant la région du lac. La toute première expédition, la plus importante, avec à sa tête le savant D.G. Messerchmidt, est organisée en 1724 par Pierre Ier lui-même. Le but de cette expédition est de recueillir des données détaillées sur la faune et la flore de la Transbaïkalie, les territoires autour du lac Baïkal, les animaux, les oiseaux et les poissons. Par la suite l’exploration et la découverte du pays s'intensifira. D.G. Messerchmidt voyagera à travers la Sibérie pendant 10 ans et écrira un rapport en plusieurs volumes titré « L’aperçu de la Sibérie ». En 1735 "la Grande expédition du Nord" est organisée. Les participants et notament les académiciens G.F. Miller et I.G. Gméline passent six mois en Transbaïkalie, visitent les vallées des rivières Ingoda, Chilka et Argoun et dressent la carte de la Transbaïkalie. I.G. Gméline rassemblent d'ailleurs une grande collection de plantes qui ont encore aujourd'hui une grande valeur scientifique. Les recherches de D.G. Messerchmidt ajoutées aux connaissances de G.F. Miller et I.G. Gméline ont permis de dresser la carte de « La province d’Irkoutsk et la mer Baïkal avec le haut de la rivière Léna ». Cette carte a par ailleurs fait le supplément de « L’atlas de la Russie » édité par l’Académie des sciences en 1745. Plusieurs recherches zoologiques et biologiques ont été effectuées dans les années 1730. C’est la Grande expédition du Nord qui reste cependant la plus dédiée à l’étude de la faune. 1152 espèces de plantes ont pu être décrites. L’académicien Peter Simon Pallas a donné une description scientifique des éponges de Baïkal, du coméphore (2) une espèce de poisson qui n’habite que le lac Baïkal, ainsi que de 13 autres rares espèces de poisson et de 3 espèces de cyclopes. L’académicien Johann Gottlieb Georgi a quant à lui décrit l’omoul et a été le premier à échafauder une hypothèse sur l’origine du lac. Il a effectué le tour du lac au bord d’un bateau et a donné une description détaillée de ses rivages. Erich Laxmann a aussi contribué à l’étude de l'écosystème du lac et à l’organisation de certaines industries sur les territoites du Baïkal. Il a découvert des gisements de sel, de Glauber et a élaboré un procédé de fonte du verre. Il a ensuite ouvert la première verrerie de Sibérie Orientale à Taltsi près d’Irkoutsk. Par ailleurs, il a découvert les sources thermales de la station de Goriatchinsk. Il a aussi été le premier à effectuer une analyse chimique de l’eau du lac et a proposer d'utiliser les propriètés de celle-ci. Erich Laxmann est également à l'origine d'un référencement détaillé des différents types de pierres présents dans le massif granitique situé près de Koultouk, liste qui a beaucoup aidé les géologues qui l'ont suivi dans son travail de recherche. Les décembristes (exilés en Sibérie) ne sont pas restés non plus en marge de l’étude du Baïkal. En 1837 le décembriste M. Küchelbecker, ancien lieutenant de la marine, a sondé la profondeur du lac au niveau du golfe de Bargouzinski. Certaines recherches de la fin des années 1850 furent menées en vue d'un projet concernant la pose d'un câble télégraphique au fond du lac. Les informations sur le relief et les caractéristiques du fond du Baïkal étaient donc nécessaires. C’est le lieutenant K. Kononov qui a lui été chargé de la mission de mesurer le lac; c'est donc en 1844 que sont mis en service les premiers bateaux à vapeur « L’empereur Nicolas Ier » et « L’héritier-tsarévitch » (3). Au milieu du 19 siècle on a ouvert à Irkoutsk le département de la Société géographique russe de Sibérie Orientale afin de mener de grandes recherches. L’initiateur de la création du département était le gouverneur général de la Sibérie Orientale N.N. Mouraviev, qui a joué un rôle extrêmement important dans l’organisation des recherches. De 1869 à 1871 le savant A.L.Chekanovski a mené des recherches géologiques et géographiques importantes. Il s'est basé sur le résultat de ses recherches pour proposer une théorie sur les origines de la création du lac. Selon lui, le Baïkal serait le résultat des mouvements progressifs de l’écorce terrestre. Les dimensions exactes du lac ont finalement été déterminées vers la fin du 19 siècle. En 1879 Carl Ritter a cité dans son livre « Science de la terre de l’Asie » les données suivantes : « sa longueur est de 86 milles géographiques (600 verstes (4)), la largeur maximale est près de 80 verstes, la longueur de la ligne côtière est de 1865 verstes, la superficie atteint 700 milles géographiques carrées ». Après l'observation des changements du niveau de l’eau et de sa température en surface, diverses recherches météorologiques ont été ménées dans les premières stations d'investigations scientifiques. Depuis lors le niveau des eaux du lac est en permance contrôlé. A la fin du 19ème siècle la construction du Transsibérien a commencée, ce qui a eu pour effet de faire augmenter le nombre de recherhes académiques géologiques et géographiques. V.A.Obrouchev a donc pu donner la première explication sérieuse, concernant l’origine de la cavité du Baïkal, en se basant sur ses propres recherches géologiques. Selon lui, la cavité du Baïkal se serait formée à la suite de mouvements de l’écorce terrestre. Ces mouvements seraient récents, car si ce phénomène était plus ancien, les pentes de la cavité balkaïenne se seraient aplanies avec l'érosion, or, le relief du Baïkal est très escarpé. Obrouchev a aussi proposé une théorie sur l'âge de la cavité du Baïkal, celle-ci argumentée par les origines de la faune et de la flore présente autour du lac. L’année 1900 a été particulièrement profitable aux explorateurs du Baïkal. L'institut géographique russe a organisé une expédition pour les étudiants de l’Université de Kazan V. Gariaïev durant tout l’été, afin qu'ils étudient la faune. Ils ont ainsi pu visiter la baie Sissa, l’île d’Olkhone, les caps Khirgalté et Kher-Khouchoune, les îles Ouchkani, la baie Povorotnaïa et le golfe Kourboulikski. Les recherches tournaient surtout autour des organismes habitant le fond du lac Baïkal. Gariaïev qui pêchait le plancton à l’aide des pièges spéciaux, il a pu découvrir plusieurs formes de plancton, confirmant ses suppositions sur le fait que la faune du Baïkal serait apparue il y a très longtemps. Les collections de Gariaïev contenaient plusieurs nouvelles espèces d’organismes inconnues à l'époque. En deux ans Gariaïev a réussi à compléter la liste de 117 espèces d’amphipodes déjà connues par plus de 50 nouvelles espèces. Une de ses découvertes les plus importantes est celle du ver tubulaire, appartenant à l’ordre des polychètes, qui n’habite que dans les milieux marins du type mers et océans. En plus des recherches hydrographiques effectuées, d’autres analyses ont été menées sur : les conditions climatiques du Baïkal, les destinations et la poussée des vents de la région. Des données barométriques et météorologiques ont pu être recueillies. Le niveau d'humidité et de nébulosité a été déterminé et la quantité des précipitations atmosphériques mesurée. La réalisation de ces travaux a été confiée à la Marine, dans le but de trouver des places qui puissent accueillir la construction de quais et d'embarcadères. Un des objectifs principal du gouvernement était de dresser une carte très précise du lac et de créer des guides de navigation. Les résultats des observations météorologiques ont mis en évidence certaines particularités ayant une importance scientifique à ne pas négliger, telles que les changements rapides et fréquents de température et du taux d’humidité dans l'air. (particularités climatiques propres au lac). Des données sur les conditions de navigabilité du le lac ont aussi été recueillies, et ont permis aux chercheurs de mener des recherches dans les grandes profondeurs abyssales du Baïkal (mesurer la température de l’eau à différents niveaux de profondeur, déterminer les spécificités des sols, etc…). Dans les années de 1910 à 1917, on a nouveau organisé quelques expéditions au lac qui ont permis la découverte de plusieurs monuments de culture primitive tels que les différentes couches sédimentaires de la localité d'Oulan-Khada et les peintures rupestres dans les montagnes Sakhurté (5) et Orso. En 1928 est fondé la station limnologique de Baïkal, (renommé par la suite l'Institut limnologique du baïkal), avec à sa tête G.U.Véréchaguine. Afin de mener des recherches comparatives et d'en dégager les particularités et spécificités du lac, les membres de l’Institut étudièrent aussi de nombreux autres bassins naturels : ceux de l’Inde, de la péninsule des Balkans, la mer Caspienne et la mer d’Aral. A partir de la deuxième moitié du 20ème siècle l'exploitation intense des ressources naturelles du lac ainsi que l'activité industrielle générée par ce dernier ont eu un impact négatif sur son écosystème. En 1956 la centrale hydroélectrique d’Irkoutsk a provoqué l’augmentation du niveau d’eau du Baïkal de 1,2 m. Cela a eu un énorme impact sur la faune du lac : on a vu diminuer considérablement la quantité des chabots qui servent d'alimentation à l’omoul (poisson spécifique au lac). Plus tard une usine de pâte chimique, servant à faire du papier, a été construite sur les bord sud du Baïkal. Cette usine a énormément nui et continue toujours de nuire au lac. On a déjà constaté la présence de substances toxiques en grande quantité dans les plantes, le plancton et la graisse des phoques peuplant les rives du Baïkal. Pas mal d’espèces rares et de plantes ont déjà disparues. C’est sur l’île d’Olkhone que la situation écologique s’est le plus aggravée. L’électricité y a été instalée il y a un an, et depuis, cette île sacrée est devenue un endroit de «pèlerinage» pour un tourisme de masse. Toute la côte est peu à peu polluée et recouverte de bases touristiques, ce qui détruit l'écosystème de l’île et du lac en général. Cela provoque l’appauvrissement biologique du territoire et la disparition d'espèces rares de plantes, d’animaux et d’oiseaux... L'intensification de l'exploitation des ressources naturelles du lac a fait naître le besoin de protéger le Baïkal contre l’épuisement de ses ressources naturelles et la pollution générée par l'activité industrielle. Des savants ont élaboré un ensemble de mesures sous le nom de « Sibérie » afin de réduire les impacts négatifs qu'ont la création d'industries sur les bords du lac. Ce programme sous-entend : la reconversion ou la fermeture de l'usine de pâte à papier, la protection de l’air contre la pollution, l’utilisation du gaz en tant que combustible plutôt que les hydrocarbures et la mise en place de l’épuration des eaux industrielles des entreprises d’Oulan-Oudé. Cependant, le développement et la mise en place de ses programmes n'est pas assez rapide. Il ne reste donc plus qu’à espérer que la population ne diminue pas la valeur du Baïkal et que les citoyens le protégent et le gardent en état pour leurs descendants. De plus la flore et la faune uniques et diversifiées du lac l’ont déjà rendu mondialement connu. En effet, en décembre 1996 l’UNESCO a ajouté le lac Baïkal à sa liste au Patrimoine mondiale de l’humanité...
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